En 1989 Sophie Maurice débute son activité artistique. Pendant dix ans, elle développe essentiellement son travail autour de l’illustration pour enfants, puis en se confrontant à l’organisation de décors éphémères, elle sort des espaces de représentations traditionnels réservés au dessin. Durant cette période consacrée aux décors, elle se lance dans la conception d’un univers féerique et onirique. En 2017, elle intègre le collectif Hic et Nunc et présente la face cachée de son travail. Derrière la dimension narrative de l’illustration est ancrée depuis longtemps le rituel et les petits gestes qui font l’artistique. Après une série d’hommages aux maîtres, elle ose mettre en scène les traces accumulées dans l’atelier et présente ses premiers «Imbibés». Depuis, seule ou en co-création, elle décline ses recherches plastiques dans un dialogue subtil avec la littérature. Entre intime et public, entre art et artisanat, de facture figurative ou diaphane, elle décline sa pratique d’un réalisme à une abstraction extrême.

Une Chambre à soi… avec vue sur les étoiles

 

Ce travail rend hommage aux femmes qui durant le siècle passé se sont détachées du carcan du patriarcat en investissant leur vie d’artiste. Suivant les conseils de Virginia Woolf dans «Une chambre à soi» parut en 1929, les femmes longtemps écartées de la création artistique (si ce n’est de très rares exceptions) peuvent et doivent se libérer de la condition de dépendance dans laquelle on les a - ou elles se sont? - mises… et se créer leur espace personnel de création - espace matériel et immatériel - une chambre à elles!

Les Imbibés, traces du travail artistique, preuves de journées de création picturale à l’atelier, viennent ici recouvrir des torchons blancs cousus comme le faisaient nos mères et grand-mères dans de vieux draps. Les étiquettes brodées à la mains de prénoms féminins rappellent les marques posées sur nos vêtements et serviettes d’enfance. Confrontation entre le torchon pour essuyer la vaisselle et le chiffon d’atelier essuyant les pinceaux. Entre le domestique et l’artistique. Ces prénoms étant ceux de femmes sorties de leur condition de mère ou d’épouse, de fille et de femme, en investissant le domaine artistique. Voir comment Orlan découpe et coud un tablier dans le trousseau préparé par sa mère et l’utilise pour mesurer les institutions artistiques.

Il s’agit aussi de mon histoire personnelle, celle de ma maman, dont j’ai retrouvé les dessins de jeunesse, et qui s’était interdit? - à qui l’on avait interdit? - toute pratique artistique, (elle avait également étudié le piano) durant toute sa vie de mère et d’épouse, entièrement consacrée aux autres: mari, enfants, puis sa propre mère vieilllissante, maintenant seule et perdue en EHPAD dans une chambre pas vraiment à elle…

Toutes ces couleurs fripées, vivantes, entourent le torchon blanc immaculé, marqué des plis du repassage, trop lisse, trop vide, d’une vie non ou mal vécue.

Remerciement à cette femme invisible et discrète qui cependant ne m’a à aucun moment interdit la voie artistique, bien au contraire! Paradoxe ou vie par procuration?Le prénom de ma fille et le mien se sont glissés parmi ceux de ces artistes femmes célèbres et reconnues comme une incitation à provoquer la flamme de la créativité, à prendre sa destinée en mains, à vivre sa vie.

Remerciements à toutes celles qui ont osé et s’expriment librement, montrant le chemin aux jeunes filles de maintenant, rallumant ainsi les étoiles et éclairant ce monde ayant tendance à s’obscurcir ici et là.

Et ce n’est pas un hasard si le dispositif reprend le tableau de Magritte «La femme cachée» où l’inscription «Je ne vois pas la …..cachée dans la forêt» entoure une femme nue, l’idéal féminin, cernée de portraits d’artistes hommes aux yeux clos. Incapables de voir la femme vraie derrière cet idéal féminin, invention masculine…

 

 

120 x 160 cm .     drap, papier, encre, acrylique, fil .         5000€

33 x 25 cm .     400€

Séries Les Cartes.

Nées de la superposition de cartes IGN, des "Imbibés" (petits chiffons d'atelier imbibés de peinture) et d'ajouts de titres de livres en lieu et place des noms des villes, mers, collines... Un jeu de transparences, de stratification, de mélanges d'éléments qui donnent à ces collages une dimension picturale. Le voyage est ainsi situé à la lisière du réel et et de l'imaginaire, entre espaces naturels et géographie intime. Les mots dessinent aussi leurs propres périples et sont autant de lectures qui font naître des mondes, des contrées nouvelles.